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Affichage des articles du avril, 2011

Dimanche des rameaux

Chaque fois qu'elle part en vacances, sa mère est hospitalisée. Cette fois, le scénario se répète. L'amputation de la deuxième jambe est imminente. Opérée d'urgence durant la nuit, elle est en attente de ce coup de fil rassurant qui lui dira que tout va bien. Pendant ce temps, nous partageons notre dîner hebdomadaire. Inévitablement, nous parlons de sa mère, une femme de la terre, qui lui a annoncé dimanche dernier qu'un dimanche des rameaux venteux est annonciateur d'un mois à venir venteux. Je lui fais le commentaire qu'à l'allure où vont les choses, il n'y aura plus beaucoup de ce savoir, de cette sagesse qui seront transmis aux générations futures car seul les gens de la terre savent observer cette nature. Ils ont surtout appris à lâcher prise. Elle me parle de son père qui un jour a eu un doigt arraché par une vache trop pressée de courir dans les champs. Pas de clinique, pas de médecin. Un pansement improvisé, car les bêtes, elles, ne savent atte

Une matinée au musée !

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Samedi matin, j'ai rendez-vous avec Marc-Aurèle. Non pas mon père, mais le peintre. Artiste prolifique, diabétique, amputé, il fut abusé par son aide-soignant qui dilapida ses oeuvres le laissant seul à son sort. Outre le récit pathétique d'une fin de vie, les oeuvres, elles, sont vibrantes. Tous les médiums sont permis: pastel, fusain, aquarelle, gouache, eau forte. Les toiles racontent la construction du Pont Jacques-Cartier, la vie dans Hochelaga, les arbres à Laval. Ici, un parc à Ahunstic. Tout cela à une époque où nos souvenirs font défaut et où il fait bon revenir. Marc-Aurèle Fortin est l'artiste que j'aurais voulu être. Peindre c'est observer, exprimer par les couleurs, être témoin de la vie et la raconter en tableau. Moi, je raconte avec les mots. J'ai commencé à m'initier à l'application des couleurs avec mes premiers crayons Prismacolor. Un cadeau d'anniversaire pour mes 5 ans . Imaginez, plus de 48 crayons , le tout accompagné d

La femme trompée

Je l'aperçois dans la lumière du jour, assise tout au fond du restaurant, elle m'attend. Ses beaux yeux verts se lèvent vers moi, elle sourit. La taille gracile, les cheveux d'ébène qui lui tombent au milieu du dos, quelques sillons au visage qui marquent le passage du temps. Malgré les années, je la retrouve tel que je l'ai toujours connue. C'est une belle femme qui a réussi dans un milieu d'hommes. Plus d'une fois à différentes activités d'affaires, j'ai vu le regard désirant de la gente masculine à son endroit. Vous savez, un instant fugace où l'homme fantasme. Comme seul deux femmes savent le faire, nous parlons de nos vies de mère, d'amoureuse et de professionnelle. Elle me raconte son divorce, il y a six ans de cela. Plus de vingt années de mariage, un homme qui aux yeux de tous était attentionné envers elle, un couple complice. Pendant qu'elle me raconte, elle tourne la tête vers l'extérieur, comme pour revoir le fil de sa vi

Là, où l'homme va

Nous étions attablées à notre resto habituel, à discuter de tout et de rien, quand notre aînée s'est mise à raconter comment nos grands-mères étaient ignorantes de la chose. Originaire de la Mauricie, infirmière de profession, nous avons appris que lorsque les femmes venaient en consultation gynécologique, elles disaient à leur médecin pour désigner leur vagin: Là, où l'homme va. J'ai été élevée bien autrement. Ma mère enceinte de ma petite soeur m'a expliqué les choses de la vie. Je savais qu'il existait un vagin et un pénis et que la maman produisait un oeuf chaque mois. Parfois, il était fécondé. Et...le reste, vous le savez. Ma mère m'avait aussi acheté, à l'approche de mes premières menstruations, le livre écrit par Janette Bertrand à ce sujet. Toujours au temps de nos grands-mères, pour signifier qu'elles avaient leurs règles, elles disaient: J'ai vu. Quand elles ne voyaient pas, vous l'aurez deviné, elles portaient une nouvelle vie. Mon