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LE BOUT DE LA LETTRE- Extrait de La racine de l'être

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  " Quand j’étais enfant, il me plaisait d’être avec les grands à écouter leurs conversations. Une école de la vie qui nourrissait ma curiosité insatiable. Comme j’étais assez sage, les adultes finissaient par ignorer ma présence. J’étais attentive aux intonations, à la voix qui devenait feutrée lorsque le sujet ne devait pas s’ébruiter. Observer, analyser et questionner étaient les principaux axes de ma vie. Mon premier voyage dans la région natale de mon père fut très mémorable. Il s’agissait de mon premier grand voyage, mais aussi de ma première rencontre avec les frères de mon père, mon grand-père et sa femme. La route pour y parvenir était longue, poussiéreuse, et la chaleur à l’intérieur du véhicule, accablante. Impossible d’ouvrir les fenêtres, l’air devenait irrespirable. Pour la jeune citadine que j’étais, quelle aventure! Je n’avais jamais mis les pieds sur une ferme. Il y avait des chiens qui me terrorisaient, des poules, des porcs, des vaches et des chevaux. Ma plus

La racine de l'être

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J’ai commencé à écrire La Racine de l’être à la fin de l’année 2018 suite à une rencontre avec une psychogénéalogiste. Je suis partie à la recherche de mes ancêtres paternels. En glanant des photos, celle d’une aïeule a particulièrement retenu mon attention. Native de Cacouna, territoire Malécite, j’ai suivi ses pérégrinations jusqu’à Saint-Épiphane où cette communauté a trouvé refuge lorsque leurs terres ont été cédées aux colons. Ainsi a débuté ce roman traitant de l’inconscient générationnel pour débusquer les secrets bien enfouis depuis quatre générations. Il s’agit d’une fiction alimentée par de nombreuses lectures. Il y est question d’inceste, de maltraitance, de dépression et d’alcoolisme. Bien que ces sujets soient dans l’air du temps il s’agit d’une simple synchronicité.   Je me suis intéressée aux conséquences de ces secrets sur les générations futures, car à la première génération, le secret est indicible, mais se révèle dans l’inconscient. À la deuxième génération, le secre

Les cadeaux de la vie

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Le 27 juillet 1989, j’emménageais dans ma maison. Un terrain non aménagé que nous avons clôturé, gazonné. Un cabanon s’est ajouté.   La devanture s’est parée de deux   genévriers et d’une haie de cèdres d’à peine un mètre. Une plaine glanée dans les boisés environnants s’est érigée au beau milieu du terrain. Le premier conjoint n’ayant pas la main trop horticole, la végétation était frugale. Mais, je lui pardonne, car sans lui, je ne serais pas devenue propriétaire. Un nouveau venu a tôt fait de modifier l’environnement. Deux lilas, un pommier, un pommetier ont été plantés. Un coin jardin ainsi que des plates-bandes furent érigés. L’arrivée d’un nouveau voisin a enjolivé mon terrain d’hémérocalles et de muguet. Au fil du temps, des amies m’ont fait don de rudbeckia, d’iris. J’ai ajouté quelques sedums, hydrangées, hostas, pivoines. Toute cette belle végétation me permet d’accueillir une faune volatile variée : chardonneret, merle, mésange, cardinal, geai bleu, oiseau mouche et quel

Papa n'est plus là

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Extrait de Petit pot de biscuits 1 Lundi 20 mars 2000 J’arrive à ta chambre, je t’aperçois, la barbe longue, tu m’attendais. Sur ta table de chevet, un jus de pomme repose à mon intention. J’en suis touchée et tente de n’en laisser rien paraître. Tu veux que je mette de la crème sur ton corps. Tu m’obliges à regarder ta déchéance. Ton corps tout maigrelet, ta peau fripée. Je te propose de me réchauffer les mains avant. Je commence par les jambes, les pieds. Ils ont désenflé. Nous avons les mêmes pieds. Je poursuis, les jambes, les cuisses, plus osseuses que charnels. Je trouve injuste que le crépuscule de la vie atteigne ta dignité. La pudeur, tu n’en as rien à foutre, tout ce que tu veux c’est encore un peu plus de crème. Je poursuis ton hydratation, tes bras pleins de perfusions. Des bras bleutés qui ont travaillé fort, des bras décharnés. Tu veux m’aider. Je te dis de laisser reposer tes bras que je m’en occuperai. J’y vais doucement, de peur d’accrocher les perfu

Le cimetière blanc

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EXTRAIT de Petit pot de biscuits 2 Nouvelle " Nous sommes arrivés au village de Saint-René durant La Crise. Mon mari n’arrivant plus à trouver du travail dans les camps de bûcheron nous mena vers ce village où il y avait de l’emploi. Situé au bord du petit lac Saint-René, à plus d’une centaine de kilomètres de Montréal, le village témoignait déjà de la pauvreté qui nous y attendait.  Il fut embauché à la mine du village. À mesure que l’on s’en approche, le sol devient gris sale, la végétation, le feuillage et les branches sont couverts d’une couche de poussière, blanc neige. On dirait un linceul. C’est ce que nous, les villageois, appelons le cimetière blanc. Plusieurs de nos hommes mourront, certains attendent encore la mort.  La silicose est une maladie insidieuse, incurable et généralement mortelle qui provoque en phase aigüe des désordres gastro-intestinaux. La poussière fine, blanche de la mine est avalée, car les masques fournis sont inadéquats ; au bout de

De la parole aux gestes

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Bien que cela soit dans l'air du temps, ma conscience de mon empreinte environnementale existe depuis fort longtemps. Ce sont mes enfants qui ont été les premiers à me sensibiliser par de simples gestes: ne pas faire couler l'eau inutilement en me brossant les dents, ne pas laisser les lumières allumées, faire le tri des déchets adéquatement.  Dans les années 90, j'ai posé un geste novateur pour l'époque, j'ai mis en place une pratique de récupération de carton dans un centre commercial.  Je récupère les papiers pour l'impression recto verso, les cartouches d'imprimante, les produits dangereux, le papier journal pour allumer mon foyer. J'utilise ce dernier avec parcimonie lors de pannes électriques ou les jours de grand froid. Beau temps, mauvais temps, je me promène avec ma bouteille d'eau réutilisable. Et non … je ne suis pas parfaite. Il m'arrive de flancher ou de douter de la destination des déchets. Non, je n'emporte pas encore mes

Naissons-nous philanthrope ?

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Du haut de mes trois ans, je tire la manche de mon père et lui demande de donner des pièces de monnaie au joueur d'orgue de Barbarie amputé. Sa misère me  grafigne  le cœur. Ce ne sera pas la première ni la dernière fois que j'éprouverai ce sentiment. Un jour, ce fut mon tour d'avoir la dignité amputée.  P écuniairement, c’était la dèche. Heureusement, j’ai eu la chance de croiser de généreux bienfaiteurs qui m’ont offert le logis gracieusement et m’ont permis de me nourrir convenablement. Je n'ai jamais oublié. Donner à longueur d’année Quand décembre revient, la fibre du don se ravive. Dans quelques jours, nous serons sollicités par les nombreuses guignolées au hasard de nos routes. Il vaut mieux que cela se fasse une fois l’an, que pas du tout, me direz-vous. Il y a tout de même douze mois dans une année. Après les fêtes, la philanthropie tombe dans l’oubli. Pourtant, les banques alimentaires sont toujours vides, les organismes communautaires crient toujours f