La bénédiction paternelle

Qui recevra la bénédiction paternelle, ce jour de l’An ? Une tradition en voie de disparition qui, à une certaine époque, réaffirmait l’autorité du père. Chez nous, l’autorité ce n’était pas mon père, mais ma mère. Cependant, durant quelques années, elle nous incita ma sœur et moi à solliciter notre père au petit matin du jour de l’An pour la traditionnelle bénédiction.


Je revois mon père, ému comme tant d’autres pères, nous demander de nous agenouiller. Je me doute que ma mère lui avait un peu soufflé les mots. Ils devaient s’apparenter au message suivant : que le Bon Dieu vous bénisse, qu’il vous accorde la santé tout au long de l’année, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Mon père n’était pas très doué pour les prières et les rituels lui donnaient le motton. À nous aussi d’ailleurs. Ce moment marquait d’une belle façon la nouvelle année en attente de célébrer avec nos cousins, cousines et nos oncles et tantes du côté maternel.


Le Jour de l’An, c’était chez Nana. Diminutif affectueux de ma marraine Edna. À l’heure actuelle, il y a une publicité où l’on voit deux petits garçons dans un lit débordant de manteaux, respirant les effluves de ces derniers. Je me souviens avoir fait de même. Le manteau de vison de tante Marcelle qui sentait les boules à mites, celui de ma mère qui au fil des ans est passé du Evening in Paris à Chanel Numéro 5. Toutes ces odeurs confondues étaient celles du bonheur, de la joie et de la fête.



Pas beaucoup de musique dans cette famille. Tous s’affairaient pour le repas où le cuisinier en chef n’était nul autre que mon oncle Léo venu de sa Gaspésie natale. Il nous faisait découvrir son seapâte, son ragoût de pattes et tant d’autres délices. Je revois mes tantes affairées à laver la vaisselle, à servir les assiettes et le tout sans acrimonie. Une rareté dans cette famille de douze filles. C’était aussi l’unique occasion de revoir tante Denise et oncle Camille.


Une fois les repas servis, la vaisselle rangée, l’heure était au 500. Des heures durant, les adultes jouaient, s’obstinaient. La crème de menthe comme compagne pour certains, un gin soda pour d’autres. Aux douze coups de minuit, un buffet se dressait comme par magie. Les enfants tombant de fatigue tentaient tant bien que mal de trouver le sommeil, mais l’agitation entourant les cartes les y empêchait.


Certes, mon père n’est plus. Ces jours de l’An ne sont plus. J’accueille cependant la nouvelle année comme une bénédiction, heureuse d’être en santé, de pouvoir marcher, d’avoir des projets, de rêver, d’être libre. La plus grande bénédiction a pour nom aimé. Comme dirait mon père : que le Bon Dieu vous bénisse, qu’il vous accorde la santé tout au long de l’année, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.


Commentaires

  1. J'ai le bonheur "encore" de recevoir la bénédiction paternelle à tous les jours de l'An. Je me considère très privilégiée de savourer les mots réconfortants de mon papa.C'est effectivement très émotionnant....

    Isabelle

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  2. Ce matin avec cette belle neige,je reçois bien cette bénédiction. Je commence la nouvelle année avec de beau projet.J'espère que cela ne passera pas trop vite. JoJoxx

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  3. Par ce beau dimanche....j'ai pris le temps de te lire !!! tu m'as fait revivre un passé que j'avais ou je croyais avoir oublié !!!Merci pour ce beau moment de détente
    Je profite de l'occasion pour te souhaiter une année 2013 tout en santé et en bonheur !!!
    Francine

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  4. Après avoir attendu notre enfant pendant 11 ans, c'est moi qui a pris l'initiative de bénir ma famille. On récite un Notre Père, un Je-Vous-Salue-Marie et un Gloire soit au Père et la bénédiction paternelle que je prononce. Une belle tradition que chaque père, peu importe l'âge, peut et a le privilège de faire sans avoir peur ou honte.

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